Ils n’ont rien d’intéressant à dire…

Une phrase entendue ce matin me tourne dans la tête. Celle-ci disait en substance “qu’il n’y avait pas d’intérêt à demander aux gens leur opinion parce que nous savions que ce qu’ils allaient dire n’était pas intéressant”… Même si son auteur est assurément quelqu’un de plus ouvert que la phrase qu’il a prononcé (et normalement plus réfléchi), cela en dit long sur l’état d’esprit du moment. Nous construisons des murs — intellectuels, sociaux, culturels ou réels — pour éviter d’avoir à se parler ou à se comprendre en invalidant la pensée de l’autre au prétexte de sa propre expertise ou sa prétendue clairvoyance.

Il fut un temps, hélas, où je crois avoir été emporté par la même illusion et j’accepte la responsabilité de mes propres méfaits. Toutefois cela fait aujourd’hui longtemps que j’en reconnais le danger. Penser l’autre, incapable de porter un regard intéressant sur le monde, est une idée qui invariablement conduit à l’ignorance et pousse à l’agressivité. Envers l’autre, mais aussi envers soit.

Depuis les années 50, la société occidentale s’est construite autour d’un individualisme grandissant, largement inspiré d’une interprétation dévoyée du mythe Américain du “self made man”. Nous sommes tous collectivement certains d’avoir raison. Nous sommes tous perclus de certitudes arrogantes qui conduisent à terme à “faire barrage”, à “bloquer”, à “ignorer” les paroles contradictoires plutôt que de les affronter sereinement pour permettre au dialogue de survivre.

S’il est un engagement à prendre en cette fin d’année et pour les années qui viennent, c’est bien celui de ne jamais considérer la parole de l’autre comme inutile et de toujours lui prêter une oreille attentive car on ne sais jamais de quel coté viendra la sagesse ou la lumière d’une bonne idée…