Un mot avant de se taire à nouveau

Petite réaction aux dérives nationalistes des divers candidats de “Les Républicains” et notamment leur déclaration en amont des primaires de droite de novembre 2016 concernant les origines Gauloises des français de “souche”.

Je suis français de seconde génération. Petit fils d’immigrés assimilés. Ceux qui pour s’intégrer, ont rayé de leur vie toute référence à la mère patrie. Je suis la seconde génération, au même titre qu’Ahmed ou Djalila, Aman ou Adnan dont les parents sont arrivés dans l’hexagone entre les années 50 ou 60. Mon nom, de consonance juive polonaise, ne reflète rien de la confession catholique qui est la mienne ni de mon athéisme choisi.

L’histoire de la Gaule, je l’ai apprise comme tout le monde au cours de mes années de primaire, mais, pour moi, Astérix et Clovis se mélangeaient dans une même case de bande dessinée et rien de plus. Adolescent, c’est à l’Est que je regardais. Vers l’aigle couronné de la Pologne rouge et blanche. Une Pologne dont, à regret, on ne m’avait rien légué au nom de la sacro-sainte intégration. Le dimanche, mon sang virait « rital » à l’occasion des repas familiaux. Tout le monde se retrouvait autour du plat de raviolis de la Nonna, et nous supportions Alain Prost et la Scuderia Ferrari. Parfois, la saucisse rougail et l’héritage créole de mon oncle s’invitaient également à table, apportant ses couleurs et sa bonne humeur à l’ambiance déjà animée.

L’univers duquel je viens est marqué par cette culture bariolée, mystérieuse et lacunaire. Une culture à laquelle est venue se rajouter le chant des cigales, l’accent du Sud et la fierté des gens qui sont nés où le soleil brille toute l’année. Ma vie d’homme entamée, l’Amérique d’Obama m’a alors ouvert les bras et, pendant quelques années, elle a participé à travers sa culture, sa pensée, son mode de vie, à faire de moi un être hybride dont l’esprit enjambe désormais l’atlantique. Cette culture faite de burger et de blue-jeans, de liberté et des pires contradictions s’est mélangé à un ADN déjà largement polymorphe.

La famille qui est la mienne tire ses racines des quatre coins de France et d’Europe. Certaines même traversent la Méditerranée jusqu’à l’embouchure du Nil ou plus loin dans l’océan Indien. C’est dans ce berceau façonné au fil des générations que j’espère voir mes enfants grandir. C’est dans cette famille faite d’origines et d’horizons différents que j’espère pouvoir leur transmettre la culture italienne et les racines brésiliennes de celle qui est tombée amoureuse de Paris et qui partage ma vie. Comme nombre de couples à la culture mixte, les notions d’identité et de culture font partie de notre quotidien et ne nous tracassent pas plus que ça. Nous y voyons une richesse, une ouverture, un trésor auquel on peut s’ouvrir sans peur. Comme bien des gens en France, nous côtoyons chaque jour des personnes dont l’histoire est similaire. Une histoire faite d’immigration, d’accueil, de générosité et d’échanges. Comme bien des gens en France, nous vivons l’esprit libre, sans jugement, heureux de vivre ensemble.

Le débat posé à l’aune des Présidentielles de 2017 par certains candidats croyant faire une bonne opération politique est contraire à ce que nous sommes. Je suis français de seconde génération. Petit fils d’immigré. Comme bien d’autres dans ce pays. Nous ne partageons ni les mêmes origines, ni les mêmes croyances, ni les mêmes cultures ou les mêmes idées politiques et pourtant rien n’y fait, nous sommes tous des Français. Des Français sans nattes blondes, sans moustaches, sans glaives et sans boucliers. Des Français victimes des mêmes bombes et des mêmes amalgames. Des Français souffrants de la même méfiance envers ceux qui les dénoncent, qui les maltraitent ou les pointent du doigt.

Il est fou, voire irresponsable, de demander à ses concitoyens d’abandonner ce qu’ils sont pour satisfaire une vision extrême de l’identité nationale. Il est insensé de penser que l’histoire puisse valider la notion d’héritage gaulois. Il est dangereux de refuser la richesse culturelle de chacun d’entre nous au nom d’un idéal patriotique douteux.

Le monde est ainsi fait qu’il y aura toujours un inconscient ou une inconsciente pour tomber amoureux ou amoureuse d’un autre venu d’horizons plus lointains. Ceux-là créent des ponts, de la parole, de la richesse qu’aucun étalon ne peut mesurer, mais qui font toute la différence avec le monde cloitré que certains réclament.